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3

avril 2025

Général

SOFTPOWER DE TRUMP

SOFTPOWER DE TRUMP

Petit partage d'un bel article de Anthénais Gagey (Philonomist) :

"Dans son ouvrage Bound to Lead (1990), l’économiste Joseph Nye introduit alors l’idée que toute puissance se résumerait à deux composantes : le hard power, soit la domination liée à la contrainte économique et militaire, et le soft power, une « habileté à séduire et à attirer ». Ce dernier reposerait sur la réputation, le prestige scientifique, l’attractivité touristique, la production culturelle, mais surtout sur le rayonnement idéologique.

Pour Nye, soft et hard power sont indissociables, mais bien distincts. Et si, dans les années 1990, l’hégémonie économique américaine semble battre de l’aile, Joseph Nye reste confiant : c’est par la diffusion du modèle de l’économie de marché, des valeurs démocratiques et de leur culture que les États-Unis allaient se maintenir comme référentiel. On pourrait ainsi comprendre le « soft power » comme une forme aboutie d’autorité, au sens qu’Hannah Arendt donne à ce terme. « L’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué » (La Crise de la culture, 1961). Bref, si le soft power est décisif, c’est qu’il garantit la pérennité d’une domination qui repose sur l’obéissance volontaire, et non sur le chantage.

Du moins… en théorie. Car si la volonté d’imposer un soft power par la menace est un contresens logique, les États-Unis ont depuis longtemps su jouer de la confusion entre l’autorité et la contrainte. Avec le plan Marshall (1947-1952), ils aident l’Europe à se reconstruire – les bénéficiaires étant tenus de s’aligner aux politiques libérales. En 1961, le président Kennedy lance l’Alliance pour le progrès, un programme d’aide financière pour les pays d’Amérique latine, qui là encore, exige en contrepartie l’adhésion aux valeurs démocratiques. Bref, leur influence idéologique, ils l’achètent en secret : leur soft power est un hard power déguisé. 

Ou peut-être le soft power n’est-il, dans le cas des États-Unis, qu’une traduction idéologique de leur puissance matérielle. C’est ce qu’on peut penser en relisant la Critique de l’économie politique (1859) de Karl Marx, qui écrit : « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général ». Le rayonnement culturel n’est pas complémentaire de la domination économique : il la prend pour condition et vient la parachever. Les ressources pétrolières, minières, agricoles, la supériorité du dollar, les détroits stratégiques, voilà le nerf de la guerre.

Dans ce cas, pourquoi se fatiguer à écrire une lettre aux entreprises européennes pour les obliger à s’aligner sur les vues idéologiques américaines – puisqu’on l’a vu, cette lettre n’a pas d’impact économique ou militaire direct ? Peut-être la nouvelle administration de Trump ne prétend-elle plus à cette séparation des genres entre les valeurs et l’économie. Elle semble avoir renoncé à l’ambition d’une américanisation « spontanée » du monde. En un sens, l’hypocrisie cesse. Pour autant, ce pied-de-nez à tous les codes de charme n’est pas qu’une provocation infantile : c’est la démonstration de la prééminence du hard power. C’est en effet dans l’insolence que s’étale le pouvoir – là où la seule provocation est l’arme de ceux qui n’ont que leur voix pour peser. Les États-Unis avaient de longue date un accès privilégié aux ressources pétrolières du Groenland : pourquoi risquer l’opprobre internationale en cherchant à l’annexer ? Ils contrôlent largement les négociations en cours au Moyen-Orient : pourquoi publier une vidéo de Gaza transformée en Ibiza ?

En se piquant de « déwokiser » des entreprises françaises, les USA sont moins « je-m’en-foutistes » qu’ils n’y paraissent : ces outrances sont un rappel à l’ordre. Elles montrent ce qui les rend possibles, à savoir, la toute-puissance économique. L’inconséquence idéologique devient la preuve de leur impunité et des conditions qui la permettent – leur hégémonie économique, énergétique et financière."

A méditer :D



Arnaud de CLERCK

Par Arnaud de CLERCK

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Arnaud de Clerck
Alias. Le dénicheur de talent

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